L’Interview de Fred.

 

Nous nous sommes rendus dans les studios de Fred Duquesne le 30 octobre dernier, afin de réaliser son interview. Nous arrivons à 11h et, après un petit café pour nous réchauffer, nous nous installons avec notre dictaphone afin de lui poser les nombreuses questions que vous nous aviez envoyées.

 

Frédéric Duquesne

Né le 16 février 1971 à Paris

Guitariste, réalisateur, producteur

 

 

Partie 1 : Parcours scolaire et début de carrière

Les fans : Première question : peux-tu nous parler de tes études et nous dire si tu étais destiné à cette carrière ?

FD : Non. Je n’étais pas destiné à ça. J’ai un cursus classique : bac B + 2 années en école d’ingénieur du son. J’habitais à côté de Genève, j’allais dans un lycée international, je pensais que j’aurai un métier un peu plus « classique ».

Mais, j’avais tout de même déjà joué dans ma chambre, ado, avec mes deux copains d’enfance (que j’ai toujours, d’ailleurs). On faisait des reprises de Metallica et je jouais déjà de la guitare. J’avais installé aussi des boîtes à œufs dans le garage de mes parents, au milieu de mes planches à voile. On faisait ça le dimanche pour rigoler, sinon on était à l’école. C’était vraiment pour le fun.

Ma mère m’avait fait arrêter les cours de guitare parce que je ne travaillais pas à l’école. Quelque part, elle a bien fait, comme ça je ne suis pas entré dans un cursus très classique et j’ai eu envie d’apprendre quand-même la guitare par moi-même, en créant mon propre univers.

À l’époque, sur Canal +, il y avait Martine Mauléon qui présentait le journal de l’emploi tous les midis. Un jour, ma mère, qui savait que je bricolais mes K7 dans ma chambre, que j’écoutais Iron Maiden, que je jouais avec les copains, me dit « Mauléon ce midi, elle a parlé d’une école de son à Chantilly… vu que tu ne sais pas quoi faire, après ton bac… Dans cette école, t’es dans un studio, t’apprends à enregistrer des groupes, mixer un film de cinéma dans un auditorium, t’apprends à faire le son sur un plateau télé… »

C’était tout l’univers du son et de l’image, deux corps de métier au même endroit. Effectivement, ça m’a plus direct. Dans mes cours de son, on écoutait le mix de Pantera, j’avais un prof un peu Metallos. Y’avait un mec dans ma classe, avec qui j’ai sympathisé, qui deviendra plus tard le chanteur de Watcha. Tous les deux, on a fait un stage de fin d’année chez AB Production, à la grande époque. C’était une ville entière de plateaux-télé, ça tournait dans tous les sens. On tenait le câble des perchmen et on découvrait le monde de la télé. On sympathisait aussi avec les acteurs et, un midi, on se retrouve avec le batteur de la série Hélène et les Garçons, un passionné de musique, à écouter des morceaux dans sa bagnole. Un jour il nous fait écouter un disque qui doit sortir prochainement : le premier Korn. Et, 10 minutes plus tard, il nous fait écouter Meshuggah. À l’époque, on écoutait encore Mötley Crüe et Nirvana. Et avec Butcho on s’est retrouvé foudroyés par ces deux univers différents.

Pour l’école, on faisait des maquettes pour produire un son de fin d’année, pour déconner, une reprise de George Lynch par exemple… Mais du coup, on a réfléchi à ce qu’on venait d’entendre et on a décidé de monter un groupe qui mêlerait ces deux univers. Et on a créé Watcha le mois suivant, en combinant ces nouveaux sons qu’on adorait. C’était le début du néo-metal.

Les fans : Du coup, tu disais dans une interview que tu étais un peu un « percussionniste » sur une guitare… mais pour mêler Korn et Meshuggah, c’est quand-même assez technique. Alors, en fait, tu as pris des cours ?

FD : Non, je n’ai pris que deux mois de cours quand j’avais 15 ans, avant que ma mère ne me fasse arrêter. Et je n’en ai pas repris ensuite. Ce côté autodidacte, finalement, c’est ce que j’aime bien. C’est comme ça que tu vas chercher des choses. Si c’est déjà trop scolaire, tu répètes et tu crées beaucoup moins. Là, seul, ça devient plus identitaire. Tu essaies, et tu dis « Regarde quand je fais cet accord, c’est chelou mais ça fait un truc… » et tu crées quelque chose avec un peu plus de cachet. En pratiquant tous les jours, tu deviens un peu plus pro et tu entres dans des choses un peu plus techniques.

Voilà, c’est une histoire d’étincelle dans ta vie, qui fait une rencontre et qui déclenche un truc… Y’a toujours une rencontre qui fait que les choses basculent.

Les fans : Et sur tes principales inspirations, on avait beaucoup lu Metallica, Nirvana ; Korn et Meshuggah, un peu moins… Est-ce qu’il y en a eu d’autres parmi tous ces groupes des années 1990 ?

FD : Je suis très cliché dans ce que j’aime… J’ai écouté tous les styles de rock, et dans chaque style y’a des choses que j’adore. Aussi bien dans l’hard-FM que le trash, que le grunge, la scène fusion avec Rage Against the Machine, AC/DC depuis le début, Metallica entre… Et maintenant, les groupes modernes un peu moins, j’avoue que la scène actuelle me fait un peu « chier ».

Économiquement, les Majors américaines ont dégringolé avec ce style de musique-là, qui ne produit plus de rock-stars ni de grands groupes… Y’en n’a plus, on ne vend plus de disques. Donc les groupes jouent plus aujourd’hui à la Maroquinerie qu’à Bercy, malheureusement. En dehors des anciens : Rammstein, Metallica etc… Mais les nouveaux groupes, tu ne sais pas trop ce qu’ils vont devenir. Ils ne sont plus « marketés ». Alors, est-ce qu’il n’y a plus de génies ? Moi, je pense que si, mais plus de gros réseaux pour les pousser, car ce n’est pas la musique que l’on met en avant aujourd’hui. Et pourtant, la musique metal, c’est les plus grosses lectures en streaming et le public le plus fidèle.

C’est paradoxal, comme situation. Le Hellfest est dans le top 3 des festivals français, et pourtant on a deux labels en France qui produisent du metal.

Les fans : Et le 45 tours de Laurent Voulzy, tu en as fait quoi ? [Le cœur grenadine]

FD : Ben je l’ai gardé. Il est à côté du Shook me all night long d’AC/DC. C’est vrai que j’en ai souvent parlé dans les interviewes : quand j’avais 4 ou 5 ans une copine de ma mère m’a offert un mange-disque orange, avec le couvercle qui devient enceinte… Et je mettais ces deux 45 tours. Les deux artistes ont fait une carrière fabuleuse !

Les fans : Est-ce que tu as eu des jobs qui n’ont rien à voir avec le son et la musique ? Après ce stage chez AB Production, ta carrière a directement démarré ?

FD : J’ai fait des jobs d’été comme n’importe quel gamin. J’ai fait des chambres d’hôtel en Suisse, j’ai fait les lits et bossé dans des laveries au 25ème sous-sol de l’hôtel. J’ai fait quelques jobs assez hardcore, qui t’apprennent la vie et qui te font dire « Ah mais c’est pas ça que je veux faire ! »

Et c’est bien ! Je pense que je pousserai mes enfants à faire des jobs de merde, pour qu’ils comprennent que ce n’est pas ça qu’ils veulent faire. Faut faire ce que t’aimes, que t’ailles vers là où tes yeux vont briller. Après c’est dur de choisir une voie artistique, sans trop savoir ce qui va se passer. Mais bon, dans la banque c’est pas mieux… Faut y croire par contre, vraiment y croire, sinon, ça ne marche pas.

Les fans : Et, du coup, tu dirais que ta première expérience dans le monde de la musique, tu l’as faite plutôt comme musicien avec Watcha, ou comme producteur ?

FD : J’ai été musicien d’abord. Mais Watcha, ça m’a bien aidé à apprendre. On vivait tous ensemble à Barbès, et on répétait tous les jours. On avait un local de répèt place Clichy, sous un studio de danse avec des meufs partout [Rires]. On était au moins 20, on s’enfermait et on jouait toute la journée. On bouffait des pâtes, mais c’était une époque où on se forgeait. Dans nos têtes on savait déjà qu’on voulait faire ça, on n’en démordait pas.

Un concert, un autre concert, et tu rencontres un label et tu sens qu’il se passe quelque chose… J’avais même rencontré Mehdi à cette époque-là. On était sur sa première compilation 13 Metal.

Donc, arrive le moment de faire un premier disque ; eh ben il faut d’abord faire des maquettes, donc comme j’avais des notions de son, j’ai fait les maquettes tant bien que mal, avec des magnétos à bande, dans la cave en essayant de mettre des micros… On essaie, on recommence… Et je sens bien à ce moment-là que j’aime bien faire ça. Et, dès le premier album qu’on a enregistré en Belgique, avec mon prof de son de l’école, donc que je connaissais bien, on a échangé et c’est là que tout s’est éveillé. Par la suite, j’ai toujours mis le nez dans l’enregistrement des groupes dans lesquels j’étais.

Les fans : On a beaucoup de questions sur les raisons du « split » de Watcha. Es-tu libre d’en parler ? Et, est-ce qu’à l’instar de Pleymo, on peut espérer voir une reformation courte pour un mini-show ou une mini-tournée, un CD ?

FD : Non, c’est plié. On ne s’est pas vus depuis peut-être 10 ans, enfin le chanteur et le batteur je ne les vois plus du tout. Et on est plutôt du style à se dire « Laissons nos beaux souvenirs où ils sont. C’est fini, c’est fini ». On a vieilli et on est passés à autre chose, on a tourné la page. Donc je ne pense pas qu’on aura la nostalgie de vouloir refaire un truc pour se marrer. En tout cas, j’en n’ai pas envie, car j’ai fait d’autres trucs entretemps et j’ai entretenu cette énergie à faire de la musique un peu « vénère »… Je n’ai pas de complexe à ne pas dire « Je vais reformer Watcha parce que ça me manque ». On a tous un très bon souvenir de tout ça, donc on le laisse tel qu’il est.

Et, pour les raisons du « split », au bout de 5 albums à passer toute sa vie ensemble, encore plus qu’un couple, quand tu es jeune, c’est explosif. Tu passes tes journées à répéter, tes week-ends dans le van, tes soirées à faire des concerts… T’es plus avec ton groupe qu’avec ta nana. Donc ben ça tient un moment, nous ça a tenu 14 ans [de 1994 à 2008].

Et ça s’arrête parce que la vague néo-metal s’arrête aussi à ce moment-là. On a fait 5 albums, le 4ème a été vachement polémiqué, à cause d’un ou deux titres différents de d’habitude, un peu plus pop. On aimait tous les styles de musique et certains fans ne l’ont pas compris ; et aujourd’hui, moi je le comprends, pourtant c’était un bon disque. Il suffit d’un titre pour que les choses s’arrêtent, le public peut être dur, même trop dur… Mais ça correspondait aussi à une fin, c’est cyclique. T’as des vagues, faut les prendre au bon moment et, après, elles s’estompent.

On avait en plus un style très marqué, un peu hybride, et on a changé plusieurs fois de musiciens à la fin donc peut-être, là aussi, les gens se perdaient au sein d’un groupe qu’ils aimaient bien à la base. Un line-up qui change beaucoup, parfois ça gêne, même si ça peut mettre du piquant et un souffle nouveau.

Les fans : Pour Empyr, un peu la même question : c’est un groupe sur lequel tu as participé et qui est arrivé à un moment aussi au creux de sa vague ?

FD : Empyr, c’est très particulier. C’est vraiment une expérience amicale avant tout. On avait tous déjà fait un peu nos carrières… Y’avait des mecs de Kyo, des mecs de Pleymo, un mec de Watcha et un mec de Vegastar ; des groupes qui se connaissaient et avaient tourné ensemble. On était assez amis et, en faisant la fête, on s’est dit « Ah ben faut qu’on fasse un album ensemble, faut qu’on fasse un groupe »… C’est venu comme ça. Et, en plus, c’était pas mal ! On a fait deux disques et deux tournées. C’était une vraie expérience de potes, c’est le groupe dans lequel j’ai dû le plus me marrer jusqu’à aujourd’hui. On a vécu des trucs exceptionnels en plus : on était tous dans la même maison de disques, sous des labels différents. Donc, quand le projet est proposé, si les titres sont bons, c’est simple de signer. Les talents ont été mis ensemble, ça a fait une boule de feu tout de suite, et ils nous ont embarqués à Los Angeles pour enregistrer pendant deux mois, comme dans un rêve de gosse qui se réalise. Je m’en rappellerai toute ma vie, c’est sûr.

Mais bon, la crise du disque étant déjà bien embrayée, nous faisant une pop-rock en anglais, je peux comprendre que des gamins au fond de l’Auvergne ça ne leur parle pas. En plus y’a un chanteur connu qui joue d’habitude dans un autre groupe, en français, et là c’est plus « vénère » et il chante en anglais, c’est déstabilisant. Mais on adorait ce qu’on faisait ensemble, donc on s’en fichait. On a enregistré le premier album au soleil et le deuxième en Belgique, sous le ciel gris et la pluie. Tu l’entends dans les disques ! T’as la météo dans les albums…

On a kiffé parce qu’on était potes et qu’on avait des conditions idéales. Je souhaite à tout musicien de vivre une expérience pareille. Vraiment. Par contre, la maison de disques d’Empyr, qui au début t’accueille et t’embrasse comme si t’étais leur meilleur pote, t’invite dans des soirées parisiennes à la con, en fait c’est tous des bouffons là-dedans… Un jour tu reçois une lettre à ta porte, qui te dit « on vous rend votre contrat, salut ». On ne s’appelle pas, on ne se voit pas pour en parler et, dix jours après, tu reçois la même lettre, au cas où t’aurais oublié la première… Évidemment, que ça ne marchait plus trop, mais y’a l’art et la manière de le faire. C’est un gros symbole des majors que moi, je peux plus saquer. C’est pour ça qu’un label comme Verycords c’est beaucoup plus humain, c’est des passionnés. On ne vendra jamais des millions de disques, mais on s’en fout à la limite.

Les fans : Et ensuite, avant Mass, y’a Bukowski.

FD : Oui, voilà. Moi, avec tout ça, j’ai un studio d’enregistrement depuis l’époque de Watcha, donc je produis des artistes, souvent metal. Les Buko me contactent pour faire leur troisième album, et on passe un mois et demi ensemble ; à se marrer évidemment, encore une fois. Empyr était fini, j’avais plié et rangé mes guitares, j’étais un peu dégoûté de tout, je ne voulais faire que de la production. Mais là, ils débarquent, il se passe un truc… On fait les arrangements, on kiffe, je leur amène des trucs. Et donc, à la fin, ils me disent « Tu veux pas venir avec nous, tu feras la deuxième guitare, on s’est tellement marré… » Et puis, j’y vais.

Finalement ça faisait deux ans que je me faisais chier ici, juste à produire des groupes, je ne sortais plus jouer. Je sentais qu’il me manquait un truc, je ne savais pas que c’était ça, mais quand je me suis retrouvé en répet avec eux… je me suis dit « Ah oui, c’est bien ça qui me manquait, en fait ».

Et c’est parti sur les chapeaux de roues, on a enquillé un autre disque ensemble…

Les fans : Tu as beaucoup écrit, pour Bukowski ?

FD : Le dernier album, surtout. Celui d’avant non, parce que je l’ai pris pendant la production, mais le dernier oui. Avec Buko c’est aussi une super expérience, mais c’est un groupe un peu incompris sur ce territoire français, encore une fois. C’est la langue qui prime : les influences de Buko c’est Foo Fighters, Pantera, Slipknot, enfin y’a un peu de tout… et anglo-saxon ! Et ça, on ne peut pas le changer, c’est comme ça. Les gens, les gamins ne comprennent pas ce que tu leur racontes. Même si la musique a l’énergie, malheureusement ton histoire n’est pas comprise. Dans Mass, Muss il écrit des choses, c’est compris. Les gens lisent ses textes, se retrouvent dedans… C’est ça aussi qui crée le fait que t’aimes un groupe. Il te parle dans la langue que tu comprends. En France, on ne parle pas anglais. Tu vas en Belgique ou en Suisse, ils comprennent. C’est dans notre culture, c’est comme ça. Donc, t’as beau faire le meilleur groupe du monde, et vraiment pour moi Bukowski c’est l’un des meilleurs groupes du monde, avec les meilleurs chanteurs en France… Franchement Mathieu, j’en connais pas beaucoup qui chantent comme ça… Eh ben non, ça ne suffit pas.

Les fans : Sur les premières dates de Matière Noire, tu enchaînais les deux. Mais, finalement, tu as décidé de n’en faire qu’un ?

FD : Ben en fait, les dates de Buko et celles de Mass c’est pas les mêmes, et faire les deux en même temps c’est compliqué. Tu fais 45 min avec Buko, 1h50 avec Mass derrière… Je peux te dire qu’à la fin de la journée t’es rincé.

Les fans : Et il faut que les dates coïncident…

FD : Ouais. Bon, ça marche moins pour Buko, faut être honnête… Même si j’aurais préféré que ça marche, moi. On a fait des trucs supers : on est allés en Russie, au Japon, on a fait des trucs de ouf. C’est aussi des trucs gravés dans ma tête. Quelle que soit la hauteur du groupe, où il est dans l’échelle, on s’en fout. Ce qui compte c’est l’expérience humaine et les trucs exceptionnels que tu vas faire.

C’est pour ça que je dis aux jeunes de se mettre dans un garage et de jouer ensemble. Ne pas chercher à faire des « hits », mais chercher à faire de la musique ensemble.

 

Partie 2 : Fred et le métier de producteur

Les fans : Est-ce que tu ne produis que des artistes connus, ou t’arrive-t-il d’accepter des productions d’artistes méconnus, ou amateurs ?

FD : Si mon planning le permet, et si la proposition financière est cohérente par rapport au temps passé et au travail à effectuer, j’accepte sans soucis des artistes amateurs, ou méconnus. Ça ne me pose pas de problème. Et je ne produis pas que du métal. Tu vois autour de toi, tu as des disques de Brigitte, des Restos du cœur… J’ai même récemment mixé des réenregistrements de Ménélik…

Les fans : Est-ce que tu prospectes les artistes que tu produis ? Ou viennent-ils à toi ?

FD : En ce moment, avec les années d’expérience, j’avoue qu’ils viennent plutôt à moi. Je ne prospecte pas, et ça m’arrange, parce que je ne sais pas me vendre. Je suis un peu un ours, je sors peu de ce studio, et je n’ai jamais su bien me vendre. Finalement, la meilleure publicité pour moi c’est les albums qui sortent du studio, avec un bon son. Et si l’album peut marcher sur le plan commercial, c’est encore mieux.

Les fans : Mais du coup, comment as-tu produit tous ces groupes ?

FD : Ce sont souvent des rencontres de la vie. On joue ensemble sur des soirées, on va se voir en concert, et parfois la formule de politesse « Salut, ça va ? » va un peu plus loin, et les échanges plus sérieux commencent. C’est ce qui s’est passé pour No One : un échange avec Bertrand, « Puppy » qui a été plus loin que la formule de politesse.

Les fans : Quel est le temps de production d’un album en moyenne ?

FD : En général, si tout est bien écrit en amont, il me faut environ un mois et demi. C’est toujours différent, et cela évite de s’ennuyer, de toujours faire la même chose. Pour te donner une image, c’est comme si tu partais au même endroit tous les ans en colonie de vacances, mais avec 5 potes différents à chaque fois. Voilà, donc 6 à 8 semaines environ. Si ça demande plus de temps, c’est que quelque chose ne va pas, en amont, ou pendant les prises.

Les fans : Es-tu plus tendu en studio ou sur scène ?

FD : De façon générale, je ne suis pas quelqu’un de très stressé, je ne panique pas beaucoup. Avant un show, tu es tendu 2 minutes avant de rentrer sur scène, puis ça passe après, la tension devient de l’énergie et de l’adrénaline. En studio, ce sont les musiciens qui sont tendus, ce n’est pas un exercice qu’ils ont l’habitude de faire. Ils sont en studio 6 semaines tous les 2 ou 3 ans, donc ce n’est pas habituel pour eux.

Il y a donc un coté psychologique à ne pas négliger quand tu accueilles un groupe pour enregistrer. Ce sont plutôt les membres du groupe qui ont la pression et qui peuvent êtres tendus. Du côté du producteur, ou de l’ingé son, si tu maîtrises bien ton matériel, les technologies et que tu sais où tu veux amener le groupe, il n’y a pas de tension. C’est à toi au contraire de détendre tes hôtes. La seule pression que j’ai, c’est que le support « sonne » ! Si c’est bien écrit en amont, ça sonnera. Dès que l’œuvre est bien ficelée, ça sonne !!

Les fans : Justement, si tu as un projet pas forcément bien ficelé, quelle est ta marge de manœuvre pour intervenir ? Peux-tu réécrire des parties, des arrangements ?

FD : Là encore, il n’y a pas de règle absolue. Ça se fait vraiment au feeling avec le groupe, en échangeant au fur et à mesure de la production. Sur certains groupes, tout est écrit au millimètre, donc je n’ai qu’à me concentrer sur la qualité des prises de son. Sur d’autres, les maquettes sont moins abouties, et il faut en parler avec le groupe pour les améliorer. C’est vraiment du cas par cas.

Les fans : Y a-t-il un album dont tu es fier de la production, du son général ?

FD : Tu sais, on est toujours fier de ce qu’on produit en dernier [il nous précise en plus qu’il perd un peu la mémoire, donc il ne se souvient plus des productions les plus récentes… 😊] Par exemple, j’avoue que je suis fier du travail accompli avec Ultra Vomit. Le groupe est Nantais, je ne les connaissais pas bien. Dès la première vidéo-conf avec eux, on avait les larmes aux yeux tellement on rigolait… Donc tu vois, quand l’entente est là, on peut vraiment sortir LE son ! Ils arrivent à faire marrer avec le metal, qui est plutôt une musique sérieuse. Je suis aussi très fier de mon job avec les No One, Bukowski, Mass Hysteria, évidemment.

Après, je suis très fier aussi d’avoir produit les Brigitte. Ça s’est fait un peu au hasard, c’est presque un « accident » de parcours dans ma carrière de producteur rock et métal. Et, finalement, le disque s’est super bien vendu…

C’est selon les tranches de vie… Mais globalement, je suis assez fier de tout ce que j’ai produit. J’ai pris du bon temps avec tous les artistes. C’est ce qui compte, finalement.

Les fans : Un artiste que tu souhaiterais produire ?

FD : J’ai fait un essai de mix pour un side project conduit par Stéphane Burriez, avec Joey Jordisson à la batterie. Ils ont eu l’air satisfaits de ma proposition artistique. Si leur projet continue et s’ils veulent travailler avec moi, je suis partant ! Après, si je pouvais un jour produire Gojira, je serai ravi. Je me sentirai très à l’aise avec eux. Ça ne se fera jamais, mais tout le monde est unanime sur le talent de ce groupe français. En plus, j’ai une histoire un peu particulière avec eux… Figure-toi que Gojira, à l’époque Godzilla, ouvrait pour Wactha… J’ai un souvenir d’un show à Mont-de-Marsan. On finissait nos balances, c’était donc à la 1e partie de balancer et faire les réglages. On voit 4 gamins de 16 ou 17 ans débarquer, se brancher… et dès les 1ères notes de la balance, on s’est tous regardés, et on était juste sous le choc de ce qu’on entendait… ça jouait déjà monstrueux !! Quand je vois leur évolution, et que je me remémore ce souvenir, je suis vraiment content pour eux !

En fait, un producteur veut toujours des artistes talentueux, il peut faire plus de choses. MH dans son style est vraiment extra. Après, AC/DC, Metallica, je pense que je serais très à l’aise pour bosser avec ces groupes. Bob Rock est en plus un de mes héros depuis que je fais ce métier.

Voilà pour les artistes qui peuvent faire rêver un producteur de rock et de metal. Les autres musiques, je n’ai pas la connaissance, la fibre et les technologies pour les produire. Tout est de plus en plus pointu dans chaque style. Il faut donc rester sur ce qu’on maîtrise bien et continuer à prendre du plaisir. Mais, du coup, je passe sans doute à coté de nouveautés, de groupes, d’artistes, de technologies ; une façon de te dire que je suis… « has been » [Il éclate de rire]. Etant enfermé dans mon studio, je découvre souvent les nouveautés si on me les fait découvrir. Je ne vais plus chercher la musique.

 

Les fans : Comment as-tu fais pour gérer la double casquette guitariste-producteur ?

FD : Très simple ! Tu consacres ta vie entière au travail… Tu ne prends pas de week-end parce que tu pars en tournée, tu bosses toute la semaine sur tes projets de production. Ça a été compliqué pour la vie personnelle, famille et amis. Mais j’ai réussi à me ménager des temps avec eux.

Sur Matière Noire, je te résume le rythme : j’étais dans mon studio du lundi au mercredi, et en concert du jeudi au dimanche. Le studio était indispensable de toute façon, d’un point de vue financier. C’est un métier addictif, et je ne pourrai pas faire un autre métier que la musique. J’espère ne pas devoir un jour faire un autre job que celui-là. Il faut vraiment être passionné, impliqué.

Tous les autres membres de Mass ont un job à côté, les No One aussi. C’est vraiment très difficile de vivre de sa musique aujourd’hui.

Maintenant que le Matière Noire tour est fini, j’ai un peu plus de temps, et je rattrape donc ces moments.

 

Partie 3 : Fred et Mass Hysteria

Les fans : Est-ce que tu te souviens de ta première rencontre avec les Mass ? La première fois que tu en as entendu parler ?

FD : Je les connaissais, oui. Ils avaient commencé avant que l’on crée Watcha. Après, on était dans le même label, Yelen Musiques. Ils étaient déjà bien avancés et nous au troisième album, il me semble. Je ne me souviens pas de la première rencontre, mais on partageait des scènes, on buvait un coup après… Tout ça s’est vraiment amplifié quand ils m’ont demandé de produire l’album Une Somme de détails. C’était l’album qui ressurgissait, après l’album noir, un retour à un Mass plus énergique. C’est vraiment là que je les ai rencontrés. On a passé un mois et demi à beaucoup mieux se connaître. C’était un album assez important pour repartir.

Les fans : Pourquoi as-tu fini par accepter la deuxième guitare ? Que tu avais refusée 7 ou 8 ans auparavant ?

FD : Oui, à ce moment-là j’étais avec Empyr. Et, à ce moment-là, je ne me voyais pas jouer dans deux groupes. Et ça m’a fait un peu chier de dire non… C’est comme ça que Nico est arrivé et, moi, j’ai continué à produire leurs albums : Failles, L’Armée des Ombres, et Matière Noire. Et quand Nico a décidé d’arrêter, ils me l’ont reproposé. J’étais avec Buko, et comme y’avait beaucoup moins de dates j’ai fait « Oui allez OK, on y va ! »

Les fans : Mais là, tu ne savais pas qu’il y aurait 102 dates !

FD : Ben non. Mais, quand j’avais dit non la première fois, je voyais toutes les tournées qu’ils faisaient… J’avais un regret, je le reconnais. Et j’aime ce que fait Mass Hysteria depuis toujours. Quand on jouait avec eux, les Pleymo, Watcha etc, on se retrouvait sur les plateaux, on faisait les balances… Les Mass arrivaient en dernier on se disait « Ah ouais, ils ne sont pas là pour rien, quand-même… » C’était simple, efficace, le rouleau compresseur. Donc quand j’ai dit non, et que j’ai vu les tournées faramineuses qu’ils faisaient, je me suis dit que j’avais été un peu con.

Les fans : Donc la deuxième fois, tu t’es dit que s’il fallait assurer un temps deux groupes, ce n’était pas grave ?

FD : Ouais et puis aussi, j’étais à un moment de ma vie où c’était bien d’aller faire un tour ailleurs. C’était le moment.

Les fans : Sur le 9ème album, qui est en cours…

FD : Oh putain, le 9ème album ça fait trop bizarre quand on me dit ça !

Les fans : Eh oui, le 9ème album ! Est-ce que sur la composition et la prod, tu sens qu’il y a une pression, une attente ? Un truc un peu supplémentaire ? Ou vous êtes un peu loin de tout ça, dans le sous-sol ?

FD : Non je n’ai pas de pression. Je sais déjà où je veux amener le truc.

Les fans : Et sur l’écriture ?

FD : Là, on vient d’enregistrer des riffs de Yann, moi je vais enregistrer les miens en janvier, après y’a ceux de Jamie. On est presque trop à composer. Chacun amène un peu son truc, maintenant je respecte complètement la recette que Yann a instaurée depuis un moment. Si on doit faire ça, on fera ça, et si on peut apporter des trucs ben tant mieux. Mais je n’aurai pas le complexe du musicien qui dirait « Non mais attends, je n’ai pas composé, je suis trop mal… »

Les fans : Tu vas amener un peu de solos ?

FD : S’il faut, ouais. Tu sais, s’il faut un solo, ici on l’improvise en dix minutes. On fait un montage et ça y est, on a fait un solo.

Les fans : Bon, est-ce que tu vas faire de « vrais » solos ?

FD : Non, je ne pense pas. Ce n’est pas notre truc.

Les fans : Sur Vector Equilibrium ça marche bien, pourtant.

FD : Ouais, c’est vrai. Mais j’ai improvisé avec tous les plans que je connaissais… Non mais moi, je suis un escroc hein… [Là, nous sommes trois à éclater de rire]…

Les fans : Mais ce n’est même pas vrai… Regarde sur Buko, c’est quand-même riche, en recherche de son, de solos, y’a beaucoup de plans ?! On ne dit pas qu’ils sont transportables dans Mass, mais tu peux peut-être…

FD : Après, dans Mass… On n’est pas un groupe à solos. Y’a une telle recette, avec les machines qui prennent les relais dans les ponts etc. Ce n’est pas nécessaire de faire un solo. Après, on est encore des mômes quand-même, on se dit « Allez, on va imiter son héros, on va le faire quand-même »… on a encore un côté comme ça. On ne va pas réinventer les solos. Y’a des mecs, ils font ça 8 heures par jour, moi je fais ça 8 heures dans l’année.

Les fans : Tu parlais des machines, du coup sur scène pour un guitariste ça se passe comment ? Il n’y a pas d’impro, ou de liberté ?

FD : Non. C’est le problème des machines. Et puis Mass, on n’est pas un groupe qui jam, qui improvise. On va sur scène, on sait ce qu’il va se passer. C’est programmé grâce, ou à cause, des machines. On met les machines en synchro et nous on fait ce qu’on a à faire. Mais c’est bien aussi. Ce n’est pas un groupe fait pour être évolutif. C’est vraiment écrit.

Les fans : Une autre question en rapport avec le live : Comment tu te sens, toi, par rapport à certaines déclarations que Muss peut faire, certains intermèdes, revendications ? Est-ce que t’es d’accord… ?

FD : Ben je n’ai rien à dire sur ça. Il a ses avis, on a les nôtres. Muss, il est impulsif, ça peut sortir comme ça… comme au Hellfest devant 50 000 personnes. Moi je ne suis pas quelqu’un qui prend un micro et qui parle aux gens. Donc, je ne me rends pas compte. Je serais incapable de le faire, donc en aucun cas je ne critiquerai quelqu’un qui le fait. Alors, ça peut en déstabiliser certains, d’autres peuvent aimer. D’accord ou pas, moi ce que j’aime quand Muss pète les plombs, c’est que t’en sors pas indemne. C’est incisif, moi j’aime ça. Après, je fais de la guitare, c’est mon rôle.

Les fans : Ton meilleur souvenir, sur la tournée ?

FD : Les gros plateaux, ce sont forcément de très bons souvenirs. Même s’ils sont un peu « nuageux », pour moi. C’est assez particulier d’arriver sur une scène aussi grande, sans voir le regard des gens tellement ils sont nombreux et tellement on est loin. Et au bout de 45 minutes c’est fini. Donc tu as un souvenir un peu bizarre. Mais les petits clubs avec la proximité, bons souvenirs aussi, comme les Ferrailleurs à Nantes, pour les 10 ans, où il faisait 800°, ou Vitry-le-François… J’aime bien les deux exercices.

Les fans : Et un mauvais souvenir ?

FD : Non, pas trop… on a eu de mauvaises conditions en allant au Québec. En dehors de Montréal et Québec-City, on a fait des trucs dans des bleds autour mais ultra mal organisés. On s’est retrouvés à jouer une fois ou deux dans un bar, une pizzéria… enfin des trucs pas très glorieux. Avec Romain notre Lighteux, avec une bat light sur le côté, qui faisait ce qu’il pouvait…

Les fans : Et la Russie ?

FD : Très très bon souvenir, la Russie. J’y étais déjà allé avec les Buko, en plein hiver, il gelait, les villes étaient à 5 000 kilomètres les unes des autres, fallait passer des journées dans le van… c’était un peu hardcore comme conditions, pour arriver dans des clubs un jour vides un jour pleins. C’était très dur.

Et là, avec Mass, on s’est retrouvé sur deux plans ; Moscou et Saint-Pétersbourg, avec des groupes style le Bring me the Horizon russe, le Noir Desir russe, dans d’excellentes conditions. Nous, on était avec Sidilarsen qui nous avait mis sur le coup, merci à eux d’ailleurs. C’étaient deux plateaux vraiment mortels… Et bon, la Russie c’est impressionnant. Saint-Pétersbourg c’est une ville riche et, dès que tu sors, le contraste est violent.

On aimerait faire le Japon. Je sais que Yann en rêve. Moi, je n’ai pas plus aimé que ça le Japon. C’est trop organisé, cérémonieux, protocolaire… On te met des flèches pour te dire dans quel sens marcher… Mais l’accueil du public était bon. On n’a passé que quatre jours à Tokyo, pas de quoi se rendre compte, c’est tellement grand. Je n’ai jamais vu une ville aussi grande de ma vie. À refaire, peut-être, en mieux.

Les fans : Est-ce que tu aimes tout le répertoire de Mass Hysteria, notamment les premiers albums, qui ressortent sur certaines dates ?

FD : Ah ben si je n’aimais pas, ce serait un peu relou… Tu sens que dans Mass y’a plusieurs époques, d’ailleurs sur des shows de Matière Noire t’as des morceaux, qui ne sont pas en opposition, mais presque, y’a des titres « happy » de la première génération, un peu funs [Donnez-vous la peine, Respect] et y’a Matière Noire qui est un peu plus plombé, plus dark ; donc, deux univers différents. Moi, j’aime bien les deux.

Les fans : Tu sais jouer tout le répertoire, aujourd’hui ?

FD : Non. Et je ne vais pas m’emmerder à tout apprendre… [Rires] Va te farcir 8 albums pour en jouer… 14 morceaux. Et y’a des titres qui resteront sur un disque et qui ne seront jamais joués.

Les fans : Par rapport aux albums et aux apports des machines, c’est toujours Olivier qui s’en occupe ?

FD : Olivier, oui, et on a travaillé aussi avec Marc Animalson… J’aimerais bien qu’il en refasse un ou deux aussi. Ils sont différents Olivier et Marc…

Les fans : Et ça vient à quel moment pour toi l’introduction des machines ?

FD : Ah c’est en dernier. Je sais que, sur Matière Noire par exemple, on a fait un an de répétitions, en créant les titres, pas comme ici en studio. On enregistrait avec deux micros et après ça partait pour mettre les machines, et il bossait avec ça et calait les machines dessus. Et après, moi je recommence tout ici.

Les fans : Et vous les avez en tête avant ?

FD : Yann est très, très fort pour ça. Il a toujours géré ça jusqu’à maintenant. Il est fan aussi de musique électronique, il sait qu’un riff simple sera habillé de telle ou telle manière par une machine. Ce que moi, je ne sais pas encore très bien faire. Je n’avais jamais travaillé avec autant de machines avant. On peut faire un riff très basique et se dire qu’une machine qui va se greffer dessus va venir l’habiller et que ça va donner quelque chose. Je laisse faire Yann sur ça.

Moi, j’arrive. Je respecte ce qu’ils ont fait avant. Et si ça marche, il faut respecter ça, même si chacun met un peu sa petite touche. Pour l’instant, on en est là.

Les fans : Une tournée de 102 dates, est-ce qu’à la fin tu n’étais pas un peu lassé, des mêmes rituels, d’ouverture, d’intermèdes, des fins de show ? Est-ce que tu en avais marre de certains morceaux ?

FD : 110 ! Parce que le Québec n’est pas compté dans les 102. Non, non… Le matin, je suis tellement heureux de faire ce métier-là, je ne vais pas commencer à me plaindre… T’as juste la lassitude de ne pas être chez toi, d’être sur la route tout le temps. D’autant que tu as une vie de famille à faire à côté. Tu te coupes quand-même pas mal du monde quand tu pars tous les week-ends, les potes, la famille. C’est ça qui peut manquer un peu, à force. Mais faut quand-même remettre les choses dans leur contexte, on a la chance de faire « ce truc-là », quoi. Je ne vais pas dire que ce n’est pas donné à tout le monde, parce que si t’a envie de le faire, tu le fais. On a pris conscience qu’on avait encore cette chance-là de le faire. Donc ceux qui sont blasés parce que ça fait 100 fois qu’ils jouent un morceau, ben qu’ils sortent. C’est le job.

Et puis les gens sont réceptifs ! Comment tu veux ne pas être content ? Si on faisait un concert merdique, que la salle se vide, qu’on sente que les gens n’aiment pas… Bon, mais là non. Le public ne fait pas semblant, nous on ne fait pas semblant non plus. C’est un échange. Si on fait semblant, ça se sent.

Après, moi je fais de la guitare. Un chanteur, qui a des cordes vocales abîmées parce qu’on a joué la veille, c’est un peu plus compliqué pour lui. Mais à la guitare, ça ne se sent pas. T’es là pour donner du plaisir aux gens. Donc si t’en n’as pas toi aussi, en premier, c’est triste.

Bon allez, disons que ceux qui jouent dans Mass depuis le début en ont marre, peut-être, de jouer Respect, par exemple, ou je ne sais pas quel ancien titre. Ils l’ont joué beaucoup plus que moi, qui viens d’arriver. Non mais, j’adore faire ça !

 

Partie 4 : Fred en anecdotes

Les fans : Depuis quand tu as tes dreads ? Est-ce que Muss et Yann sont nostalgiques des leurs ?

FD : D’abord, c’est un style que j’aime et surtout qui ne me demande aucun entretien ! Capillairement parlant, on va dire que je suis le plus old-school du groupe, je n’arrive pas à les couper. Tout le monde veut me raser la tête, mais personne ne touche à mes dreads !

Les fans : On a eu beaucoup de questions sur ton matériel fétiche. Alors, as-tu une guitare et un ampli préférés ?

FD : En fait, pas vraiment. Même si je suis plus fan des vieux bois, chaque guitare ou chaque ampli est un outil. Et ils ont tous une fonction différente. C’est important de bien connaitre le son de chaque ampli et de chaque guitare pour proposer la meilleure couleur à la musique que tu joues ou que tu produis. Dans chaque style, j’aime beaucoup de guitares et d’amplis. Comme un peintre, les grattes et les amplis sont réellement ma palette de couleurs.  Vraiment, à part mes premières guitares, « mes vieux jeans » où il y a une valeur sentimentale, tous les instruments ont vraiment un rôle particulier. Étant passionné et tombant amoureux des vieux bois, ça devient presque compulsif. J’achète et je revends des grattes tout le temps. J’ai aussi une tête d’ampli de Roger Glover !

Les fans : As-tu un groupe favori, un guitariste qui sort du lot ?

FD : Non, impossible. Je n’ai pas de morceau fétiche ou de groupe que j’écoute en boucle. Selon mon humeur, les époques, je suis fan de beaucoup de choses. Dans les grands groupes qui sont devenus des institutions, les guitaristes ont tous apporté quelque chose. Donc impossible pour moi de sortir un guitariste, un groupe ou un morceau comme mon favori absolu. Et puis tous ces gens que j’aime, je les laisse un peu à leur place, je ne cherche plus vraiment à les rencontrer.

Les fans : Un lieu où tu aimes te ressourcer ?

FD : Chez mes parents, à la campagne, pour me ressourcer ; ou prendre un verre, avec les potes, au Bus Palladium.

Les fans : Ton plat préféré ?

FD : Évidemment : les spaghetti !!!

Les fans : Ta plus grande folie dans ta carrière pro ?

FD : On ne peut pas parler vraiment de folie mais, clairement, c’est le groupe Brigitte. Comme je le disais, on a signé ça sur un coin de table, et les titres produits ici ont carrément bien marché. J’espère que des groupes metal ou rock français arriveront un jour à vendre autant que des groupes comme Brigitte.

Les fans : Dernière question : comment le groupe continue à véhiculer le message « positif à bloc » alors que le contexte est de plus en plus compliqué ?

FD : Dès qu’on entre dans ce van avec le groupe pour aller donner un concert, on sort du quotidien, c’est une échappatoire. On a envie de donner du positif aux fans, on ne veut pas plomber le moral… Certains textes de Muss sont plus dark, mais on essaie vraiment de donner le sourire aux gens. On monte sur scène avec ce qu’on a de meilleur en soi, on a une chance terrible ! Donc, c’est sûrement plus facile pour nous de véhiculer ce message positif. On a conscience de la chance que l’on a. Si on réussit cela, je suis content quand je rentre chez moi le dimanche soir !