INTERVIEW de JONATHAN MAINGRE, by Xavier

 

 

L’interview de celui qui est considéré comme superman, superjojo, supernounou, se passe dans le cadre du festival des Arts s’en Mêlent. Tairo vient de monter sur scène pour ouvrir les hostilités, il est environ 19h. Après une petite hésitation entre une interview dehors au soleil, ou confortablement assis dans les canapés des loges, on opte tous pour la 2ème solution. Mon ami Julien Creeping est là, appareil photo en main, pour capter les attitudes, airs coquins, de notre John, et… de son interviewer…

 

  • 1) JOHN… WHO ARE YOU ???

Les fans : Pour commencer John, quel âge as-tu ?

John : J’ai 31 ans ! (On se regarde avec Creeping, on se dit « ah ouais, quand-même… autant d’aplomb et d’expérience à 31 ans… ça commence bien !)

Les fans : Quelles sont tes études ? ta formation ? ton parcours scolaire, avant de faire ce métier ?

John : Alors, j’ai eu le brevet des collèges, puis j’ai suivi un cursus STT commerce conclu par le baccalauréat. J’ai ensuite suivi la filière éco en fac de Nanterre, avant de partir à l’école des métiers de la communication(EMC) à Malakoff. C’est une « bonne » école du son !  Je précise qu’après l’EMC, je n’avais pas encore d’idée bien précise de mon orientation professionnelle. J’ai ensuite beaucoup travaillé dans un théâtre parisien (Théâtre National de Chaillot) et dans des « petits » groupes. Aucune garantie de sortir avec un job à la clé, mais une excellente opportunité de se faire un réseau, essentiel dans le métier !

Les fans : Quel est ton style musical préféré ?

John : Aucun ! J’écoute vraiment de tout. Je suis dans une phase country en ce moment. J’écoute à peu près tout dans le métal, rock, punk…, mais aussi du Hip Hop, et parfois de l’électro. Si je devais sélectionner un style qui me plait moins, ce serait probablement le reggae. Pour en revenir à l’origine de mon métier, j’ai découvert Slipknot et SOAD vers 14 ans… je trouvais ça ultra violent (il rigole, et vu ce qu’il écoute aujourd’hui dans le métal… je peux vous dire que Slipknot ou SOAD passerait pour de la musette le dimanche…)

Les fans : On te considère comme homme de l’ombre dans ton métier. Ce désir de rester dans l’ombre traduit-il un caractère timide, réservé, introverti ?

John : Alors figure-toi que, plus jeune, j’étais hyper timide. Pour te dire à quel point je voulais passer inaperçu, je mettais le volume de mon walkman au minimum dans mon casque pour pas que mes parents ou amis entendent ce que j’écoutais ! Je mettais même une couverture sur ma tête pour rester dans mon monde, et inaperçu. Le pire, il m’est arrivé même « de bugguer » au Mc Do, n’osant pas passer ma commande. Je suis resté introverti très longtemps ! Donc oui, on peut dire que le métier « d’homme de l’ombre » correspond un peu à un trait de caractère…

Les fans : On sent souvent une pointe de stress, de speed, lors des montages de la scène, des balances, du show… Pourtant, tu restes toujours très calme et zen. D’où vient ce flegme, ce relâchement ?

John : En fait, le calme et la sérénité sont INDISPENSABLES dans ce job (il insiste !) Si tu veux trop bien faire, tu te stresses, tu te presses… et tu te plantes ! L’idée est de vraiment anticiper tout ce que tu dois faire, et respecter ta routine, comme un sportif de haut niveau. Une fois que la routine est bien rodée, cela aide à rester calme, même si tout le monde stresse, ou s’il y a une petite galère à gérer en dernière minute. Tu sais, avant de faire ce métier, j’ai eu la chance de faire de l’escrime à un haut niveau, puisque j’ai participé au programme de détection des espoirs junior. Ce sport demande un calme et un niveau de concentration hors norme. Après plusieurs blessures, j’ai abandonné l’escrime, et la musique est arrivée. Je pense que l’expérience tirée de ce sport m’a apporté ce calme et ce zen dont tu me parles.

 

  • 2) JOHN… WHAT IS YOUR JOB ?

Les fans : Quel est le rôle exact d’un tour manager ?

John : Alors, je vais essayer de répondre le plus clairement possible… L’agent, ou le tourneur s’occupe de « booker » le contrat. Le tour manager veille en fait à la bonne exécution du contrat en général. Pour ma part, je suis « responsable » des artistes et de l’équipe du départ à l’arrivée des artistes, et à leur retour chez eux. Dans la pratique, je consacre environ 30% de mon temps à l’administratif et à la logistique, 30% à la préparation du show, et 40% sur place.

Les fans : Quelle est ta journée-type pour pouvoir faire « respecter ce contrat » ?

John : Comme je te le disais tout à l’heure, la journée-type suit en fait une routine. Je vais essayer de te raconter une journée-type avec Mass Hystéria sur une date comme aujourd’hui. Je me lève vers 6h à Conflans. Le camion du matos a été chargé la veille, pour pas gérer de stress ou de mauvaises surprises le matin même… Je pars de chez moi vers 6h30, je récupère Muss à Montreuil, puis je vais chercher le reste de la troupe porte de Montreuil vers 9h. On part ensuite, le temps de route dépend bien entendu du lieu du concert. Souvent, on arrive en début d’après-midi, après le camion du matériel. On déjeune, je laisse ensuite les gars entre eux, pour rejoindre notre équipe technique pour le montage de notre matériel. Ensuite, les balances, qui me demandent plus de travail puisqu’un fan club que je ne citerai pas nous a rajouté des balances ouvertes au public (il nous dit ça avec son air vraiment coquin et une bonne dose de second degré, bien entendu !) Les balances finies, direction l’hôtel pour ceux qui le souhaitent, les autres restent en loge, pour se détendre, ou prendre la température du lieu à l’ouverture des portes. Le dîner se fait généralement vers 19h30-20h, pour des shows entre 22h et minuit, selon les dates et la programmation. Entre la fin du dîner, et le début du show, je check une dernière fois toute l’intendance : les bouteilles d’eau sur scène, les serviettes, etc…

À la fin du show, y a toute la coordination pour le démontage du plateau, et l’administratif, notamment récupérer les chèques SACEM. Pour te résumer, on passe environ 12h sur site, plus les temps de route aller, et retour ! Ça peut sembler impressionnant pour quelqu’un extérieur à ce métier, mais si tu es entouré d’une équipe de confiance, que la préparation en amont (il insiste, la préparation se fait vraiment plusieurs semaines à l’avance pour chaque date) est bien réalisée, tout se passe bien, et tu arrives à bien dérouler ta routine.

Les fans : Entre un Hellfest ou un Trianon, et une salle des fêtes à Thônex… dans quel environnement préfères-tu travailler ?

John : Écoute, je n’ai pas de préférence, mais c’est clairement deux approches très différentes. Sur un Hellfest ou un Mainsquare, tu as une quinzaine de bénévoles / roads qui t’attendent et qui t’aident pour le déchargement du matériel, le montage du plateau, etc… Dans un sens, on peut dire que pour nous, le boulot de manutention est plus cool sur ces grosses dates. Tu déroules plus facilement ta routine, c’est plus confortable. Après, le coté roots des festivals indépendants ou des petites dates sont à défendre, c’est une autre approche, plus humaine, avec plus de proximité.  Personnellement, j’aime les deux, et je pense que c’est pareil pour le groupe et le reste de l’équipe.

Les fans : Avec combien de groupes bosses-tu sur une année pleine ? fais-tu autre chose ? Es-tu occupé à temps complet sur ce métier, en général (on inclut tour manager, régisseur, backliner selon les contrats et les groupes) ?

John : Vous suivez tous la tournée Matière Noire assidument. On va finir à 110 dates sur environ 20 mois, donc Mass Hysteria occupe la majorité de mon emploi du temps. Après, il est impossible de quantifier le nombre de groupes avec lesquels j’ai des contrats sur une année. Quand on arrive à avoir 4 ou 5 groupes, c’est déjà une belle année. Ca dépend des plannings, si les tournées sont concentrées ou étendues sur l’année…

Les fans : Avec quels groupes voudrais-tu travailler ?

John : Je n’ai pas de nom qui me viennent à l’esprit comme ça. Je préfère privilégier les conditions de travail plutôt que la renommée du nom du groupe. Idéalement, je souhaiterais continuer à travailler avec Mass Hysteria et continuer de les voir grandir et franchir des paliers. Je garde un super souvenir de la tournée estivale, on était sur un vrai rythme de tournée, avec des dates qui s’enchaînaient sans coupure. Y a une énergie, un « truc » qui se vit quand on est en tournée « continue ».

Après, si je devais vraiment te donner un nom, ça serait cool de bosser avec Papa Roach, ou un bon vieux Deftones 😉 ca serait cool. En France, à part Gojira et Mass Hysteria, si tu veux plus gros il faut partir dans la variété, mais pour la « marade » je dirais Pleymo ou même PNL, ah ah !

 

 

 

  • 3) JOHN… and MASS HYSTERIA

Les fans : Te souviens-tu de ta 1ère rencontre avec Mass Hysteria ? et ta première date avec eux en tant que membre de l’équipe ?

John : La toute 1e rencontre, c’est dur à dire… on s’est croisé sur des dates de Bukowski, pour qui je travaillais. C’est un petit milieu, on se connaissait. J’ai vraiment le souvenir de la tournée Failles et de la date d’Amnéville au Sonisphère pour le big 4. Sur la résidence Armée des ombres, j’avais le rôle de backliner, puis de tour manager remplaçant. J’ai vraiment pris le job de tour manager sur la tournée Matière Noire.

Les fans : As-tu un rôle hors tournée avec le groupe ? travailles-tu avec Verycords ?

John : Hors tournée, je reste avec le groupe pour les résidences, les répétitions. C’est plus du management technique, du matériel et de la logistique à proprement parler. En ce qui concerne Verycords je ne travaille pas pour eux car c’est un label, sous lequel MH est signé. Mais il m’est arrivé de travailler avec Veryshow, le pôle booking de Verygroup (qui englobe Verycords, également, du coup), pour de la régie de prod, ou en tournée avec Trust au mois de mars par exemple.

Les fans : Quelle est ta plus belle anecdote avec le groupe ?

John : Je ne sais pas si c’est la plus belle, le terme n’est pas le bon ; mais pour nous tous, « l’anecdote » qui nous revient en premier, c’est la 1e date de la tournée, le 13 novembre à Tulles. Grosse rigolade sur la route le matin, première date, tout le monde content, sortis de résidence, Yann qui nous fait des petites chutes sur aire d’autoroute (chuttt secret pro) et le soir on apprend ce qu’il se passe au Bataclan, le titre de l’Enfer des Dieux a une fois de plus pris tout son sens… Mais, cette tragédie nous a soudés, il s’est passé quelque chose ce soir-là entre nous, qui continue de vivre ! Sinon, on garde un bon souvenir de Musillac. On ne pensait pas « faire grand-chose », et finalement, le show a été énorme. On avait passé du temps ensemble sur le lac, au coucher de soleil avant le concert… c’est vraiment le genre de petits moments que je kiffe ! Bon évidemment, y a le Trianon, qui reste une date à part, et la série Luxembourg / Lille / Epinal, qui avait été complètement barge une semaine avant.

 

  • 4) JOHN… JOKES AND FUN !!

Les fans : On te voit souvent farceur ; quelle est la plus grosse blague que tu aies faite ?

John : Bon… tu te doutes que je ne peux pas te dire toutes les blagues, ici… on est des gens respectables, et certaines blagues ne peuvent être dévoilées… (il se marre) Mais j’aime bien enclencher la chromatique des gars pendant qu’ils jouent (pour les novices, la chromatique, c’est la pédale pour accorder les instruments. Quand on l’enclenche pour accorder… ça coupe tout simplement le son, des petites blagues à base de bouteilles d’eau, on a aussi notre « picorette » entre nous (COPYRIGHT PAUL SPADE) il vous expliquera sur son interview le bougre 😉 On a eu aussi notre blague du 1er Avril où l’on avait changé tous les titres de la setlist, je crois qu’il a fallu environ 3/4 titres pour que les gars se rendent compte de notre connerie sur scène (avec les fameux titres de Mass Hysteria « tous les poissons » « l’enfer des vieux » « une somme de bétails »  « Pulefion »… bref)

Les fans : As-tu le souvenir de ta pire galère en live ?

John : Alors figure-toi que mon pire souvenir, ce n’est pas vraiment en live, mais en coulisses. Sur un festival, en suisse de mémoire, pendant la tournée Armée des ombres, passage à la frontière, obligés de passer au poste des douaniers et ça a été la maison qui rend fou pour avoir un formulaire que finalement personne n’a pu nous donner… ! C’est probablement le « pire » souvenir de ma carrière à ce jour. Après, les dates, sans aide dans la salle, sans nourriture, sans loge, les pneus qui crèvent sur la route, les pannes mécaniques… C’est désagréable, mais rien d’ingérable.

Les fans : As-tu déjà eu des demandes « particulières » de groupes ?

John : Eh bien, puisque nous sommes dans le cadre de la tournée Matière Noire, y a clairement… la baignoire pour la date du Trianon ; mais, finalement, c’était bien fun. Sinon demandes particulières, avouables, non 😉

Les fans : Dernière question John, le ragout de ton toutou est-il si bon qu’il te rend fou ?

John : (il éclate de rire, on est rejoints par les autres, qui se marrent aussi… il se reprend) Ragout toutou, c’est un truc entre nous. D’abord, je trouve ma voix affreuse, alors pour les checks des micros, je préfère sortir ça plutôt que chanter, ou les « one two » habituels. En plus, ça fait marrer le public. À l’origine, ça vient d’une date en Belgique, où on avait vraiment très mal mangé, genre du ragout de chien… du coup, c’est resté, et quand on se dit Ragout toutou, c’est qu’en général, la nourriture n’est pas terrible…

Voici en exclusivité l’objet du délit

Après 1h20 d’un échange vraiment passionnant, John me demande si les questions sont finies, et me déclare avoir pris beaucoup de plaisir à s’être prêter à ce petit jeu. IL « choppe » Paul au passage pour lui dire, tu dois le faire aussi ! Petite photo de John, Julien et moi, et voilà notre hyperactif retourné à ses occupations. Un super moment pour moi aussi ! See you !

Crédit photos : Julien Creeping