SYLVAIN MASURE, TECHNICIEN SON MASS HYSTERIA.

Samedi 19 août, à l’occasion du festival des Sapins barbus, Sylvain a accepté de se prêter au jeu des questions / réponses avec les fans. On le rencontre vers 17h30, derrière la scène en bois du festival et sous un temps radieux. L’interview va durer une bonne heure, avec le passage de Yann, Sébastien et, bien entendu, John, qui viendra faire quelques blagues dont il a le secret… le décor est planté !!

 

Identité, parcours scolaire, et études

Né le 23 novembre 1982 à Reims

En couple depuis 14 ans, PACSE, pas (encore) d’enfants

Les fans : quel cursus scolaire as-tu suivi pour devenir technicien du son ?

SM : Alors figure-toi que j’étais pas très bon en sciences, si c’est le sous-entendu. Je n’ai pas du tout suivi de filière scientifique. J’ai eu un bac ES et, ne sachant pas trop quel métier faire, je me suis engagé dans un DUT commerce. Cela ne m’a pas passionné mais j’y ai appris quelques trucs utiles quand même.

Les fans : qu’as-tu fais après ce DUT ?

SM : dès l’obtention de mon DUT, je me suis orienté vers l’ISTS, une école dédiée au son et à son traitement. Dès le lycée, je bricolais un peu de son chez moi, la passion est venue peu à peu et je me suis dit « pourquoi pas en faire mon métier ». L’école m’a permis de rattraper les connaissances techniques et scientifiques que je n’avais pas. Le bagage scientifique est utile, mais même en étant un peu limité à ce niveau tu peux faire ce métier.

Les fans : Es-tu toi même musicien ? Ton style de musique favori ; et celui que tu aimes le moins ?

SM : oui, je suis guitariste dans un groupe de Doom métal, « Pluie de bisous ». En termes de style musical, je suis bien entendu attentif et orienté métal, côté musique extrême et black métal.  Je suis fan de Sunn O))) par exemple. Après, un peu comme tout le monde, je me suis vraiment mis au métal avec des groupes comme Metallica, Gun’s Roses, Nirvana, etc… J’écoute aussi un peu de jazz et du rock des années 60. Je suis moins fan de l’électro et du reggae.

LE MÉTIER À PROPREMENT PARLER

Les fans : Depuis combien de temps exerces-tu ce métier de technicien du son ?

SM : je le fais depuis 10 ans.  Mais pendant l’école, j’enregistrais déjà des groupes et je sonorisais des petits concerts. Après l’école, j’ai commencé ma carrière par roadie, pour avoir mon intermittence, puis j’ai enchainé tout de suite sur ce métier.

Les fans : quel est ton rôle exact en tant que technicien du son ?

SM : en amont du concert, selon les dates, il y a des échanges avec les organisateurs de festivals, les gérants des salles de concerts, etc… On négocie le matériel présent sur place, les caractéristiques techniques, etc… Avec le groupe, je propose certaines options pour améliorer le son général du live.

Les fans : Quelle est la journée-type d’un technicien du son, pour une journée de show ?

SM : On se lève assez tôt le matin, surtout s’il y a un long temps de route. Arrivés sur le site, on déjeune si ce n’est fait, et on décharge l’ensemble du matériel. J’installe mes micros et 2/3 autres trucs et je rejoins ensuite la régie façade. Dans le cas de MH, on fournit une grande partie du kit et du matériel, donc c’est assez confortable. Selon l’organisation, il y a ensuite des balances, sur lesquelles on prend vraiment le temps de régler l’ensemble des instruments et des voix. S’il n’y a pas de balance, on a un linecheck 30 ou 45 minutes avant le concert. Dans les 2 cas de figure, je fais un maximum de pré-installation avant le show, j’ai des mémoires pour la plupart des consoles du marché et puis après 100 dates tu sais comment le groupe sonne ! À la fin du live, on démonte direct et on charge le matériel. On ne se couche jamais avant le milieu de la nuit, le temps de boire un coup tous ensemble et de laisser la pression redescendre un peu. Je regagne mon domicile le lendemain ou alors on enchaîne sur une autre date.

Les fans : En dehors de ce métier de technicien du son live, fais-tu autre chose ?

SM : Tu me rencontres aujourd’hui dans le cadre de la tournée Matière noire de Mass Hysteria. Je fais ce métier de technicien du son pour la salle de la Cartonnerie à Reims. Je travaille avec Hangman’s chair et l’Esprit du clan depuis 7 ans. Il m’est arrivé aussi de travailler occasionnellement avec Loudblast.  Je vais  repartir en tant que technicien retour avec Alb, un super groupe dans un registre plus pop que j’encourage les fans à écouter ! Je collabore aussi avec la Comédie de Reims (salle de théâtre) de temps en temps. Je suis aussi régisseur pour le festival du Cabaret Vert (dans les Ardennes) et le festival « La magnifique Society » (Reims). Avec des amis, j’occupe aussi un studio associatif, « le Chalet studio » où je produis des groupes, même si cette année ça n’a pas été mon activité principale, avec la tournée de Mass !

Les fans : quelles différences y a-t-il entre la gestion du son en live, et en studio ?

SM : C’est totalement différent ! Commençons par le live. Sur un show, tu as un timing hyper arrêté, tu sais que ton show dure 1h30, les balances 45 minutes, tu prends le plateau de telle heure à telle heure… tout est millimétré, ta journée est totalement arrêtée. Même si certains shows peuvent rester « dans les mémoires », c’est vraiment une logique d’instantané, d’éphémère. En studio, c’est l’opposé, tu es dans une logique de création qui sera figée « pour la postérité ». Tu passes beaucoup plus de temps avec les musiciens pour figer quelque chose de définitif. Quand un live ne se passe pas comme prévu, tu fais le brief, tu rectifies et tu t’améliores sur la date suivante. En studio, le support ne pourra plus être modifié. C’est plus exigeant ! Il n’y a pas de fin écrite à l’avance, de timing prédéfini.

Les fans : avec quels groupes souhaiterais-tu travailler ?

SM : Je travaille déjà avec beaucoup de groupes, dont ceux que je t’ai cités tout à l’heure, et la tournée Matière noire nous a tout de même occupés pendant 102 dates !! Mais évidemment, en tant que fan de métal et français, je voudrais un jour bosser avec Gojira, ça serait cool. Après, je ne cours pas après un groupe ou un style en particulier. J’ai une réputation dans le métal, mais je suis ouvert à tous styles de musique. C’est même intéressant pour moi de faire de temps en temps un autre style, avec d’autres réglages pour prendre quelques idées. Par exemple en Pop Française j’adorerais un jour mixer The Do par exemple, ou alors des trucs garage comme JC Satan…

Les fans : pour un technicien du son, quelle est la meilleure configuration ? Gros festival, petit festival indépendant ? Salle ou extérieur ?

SM : là encore, je ne peux pas être catégorique. Une grosse date comme le Hellfest ou le Download vont être sympas, parce que tu sais que le matériel sera présent et que tu n’auras pas de « galères » particulières. J’aime beaucoup le Cabaret Vert, tu t’en doutes, puisque j’y travaille depuis longtemps. Évidemment, le Hellfest, le Download ou le Mainsquare sont aussi des dates marquantes pour toute la team.

Les petits festivals indépendants ont souvent des régisseurs ouverts à la discussion et ça se passe en général très bien.

Cependant, ma préférence va pour les SMAC (Salle Municipale Associative et Culturelle). Elles sont récentes, aux normes, hyper bien pensées sur l’acoustique, avec une capacité de 1200-1500 places. Des salles comme la Carenne, la Cartonnerie, le 106, la Rodia… c’est vraiment des supers belles salles !

Les fans : sur le matériel, tu connais vraiment toutes les consoles du marché ???

SM : Disons que j’en connais beaucoup ! À chaque sortie de matériel, les fabricants organisent souvent des formations gratuites pour les pros. Je suis donc ces formations, je me documente sur internet.  Après, la première fois que je mixe sur un nouveau modèle, je vais quand même avoir besoin qu’on m’oriente un peu. Mais si tu me laisses tranquille une heure dessus, je vais essayer toutes les fonctions ! Comme je te le disais avant, ça me permet de faire mes pré-installations en amont des shows selon la console présente sur place. Ce soir (aux Sapins barbus), on a une console que j’ai croisée à de nombreuses reprises, ca va rouler tout seul !

TOI, ET MASS HYSTERIA

Les fans : comment as-tu connu Mass Hysteria ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

SM : Mass Hysteria fait partie du paysage du métal français depuis des années, donc je les connaissais mais je ne les suivais pas particulièrement. Un jour, le bassiste de l’Esprit du clan m’informe qu’il laisse mon portable à Yann, qui cherche un technicien son pour leur tournée (l’Armée des ombres, à l’époque) pour assurer quelques dates en remplacement de leur technicien de l’époque. Yann me contacte donc par téléphone, et on a démarré par 6 dates en 2013 sur la tournée l’Armée des ombres. Il y a vraiment eu une belle entente, et je suis leur technicien son officiel sur la tournée Matière noire.

Les fans : ton avis sur cette tournée, depuis la console ?

SM : 102 dates !! on ne s’y attendait vraiment pas… On devait partir sur fin 2015, puis festivals d’été en 2016, finalement la tournée s’arrête en décembre 2016 à Limoges… et en 2017, on remet le couvert pour une vingtaine de dates !! Y a une énergie de dingue entre nous, et l’énergie entre le public et le groupe est vraiment palpable, même de la console !

Les fans : sur le son à proprement parler, vois-tu encore des choses à améliorer pour le groupe ?  Pour le son restitué au public ?

SM : On commence vraiment à avoir un très bel équilibre général. Le son est moderne, il est travaillé. On a proposé des torpedo sur les guitares, on utilise un trigger sur la grosse caisse… Le but est vraiment de moderniser le son du groupe. On ne veut pas d’un Mass Hysteria qui sonnerait comme en 1995. Ils ont les riffs, l’énergie… on doit restituer un son puissant et moderne, pour eux sur le plateau, comme pour le public en façade.

Les fans : quelle est ta date la plus marquante de la tournée ? Au contraire, as-tu souvenir d’une galère marquante sur la tournée ?

SM : Tu te doutes que sonoriser MH à la Cartonnerie à Reims fait partie d’un très bon souvenir pour moi. Je bosse dans cette salle depuis des années, je connais son potentiel par cœur, alors je dirai que cette date a vraiment eu une saveur particulière pour moi. Idem pour le Cabaret Vert. Après, il est clair qu’un Hellfest est toujours LE rendez-vous pour un groupe de métal. Question galère, vraiment, j’ai beau chercher, je ne vois pas de date marquante qui m’ait vraiment pris la tête…Tu as des dates plus compliquées que d’autres, mais vraiment une grosse galère, non, je ne vois pas.

Les fans : On vous avait vus Fred et toi sur une vidéo à propos du torpedo il y a quelques mois. Comment se passe la relation avec lui, sachant qu’il est guitariste de Mass Hysteria, mais aussi lui-même très impliqué dans le traitement du son ? (Je précise à Sylvain que c’est la question qui est la plus revenue de la part des fans…)

SM : (il sourit) …  Fred et moi avons des approches parfois  différentes et on n’est pas d’accord sur tout. Mais on échange beaucoup sur le son, le matos… c’est toujours un peu le souci d’un musicien qui est aussi technicien du son. Dans le cadre d’un live de Mass, il va chercher à avoir le meilleur son de gratte possible, alors que je cherche l’équilibre global le plus juste pour l’ensemble du groupe. Mais tout se passe très bien entre nous !

Les fans : en dehors des lives, que fais-tu avec le groupe ?

SM : comme je te le disais avant, il y a une phase de préparation en amont de chaque date avec les organisateurs des dates. J’ai aussi un peu participé aux répétitions, notamment avec l’arrivée et l’intégration de Jamie, et il y a bien sûr les résidences de création, qui sont extrêmement importantes. C’est là qu’on va mettre en place le live, aussi bien sur le plan technique qu’artistique. Ce sont des journées crevantes de 12 ou 14h par jour. On teste beaucoup de choses, il y a une vraie dynamique de création technique, sonore et artistique.

Les fans : dirais-tu que tu fais le son Mass Hysteria sur cette tournée ?

SM : je mets ma patte au mix c’est certain. Après, Rapha cogne très dur, c’est un métronome hyper précis… Les riffs de grattes sont très fat… Les textes de Muss sont cinglants…Tout ça pour te dire que le son est un équilibre entre la patte de l’ingé son, le savoir-faire de toute l’équipe technique et les mecs qui jouent sur scène. Sur une date comme Colmar, on peut dire que le son dépend un peu plus de la patte de l’ingé son. Tu ne peux pas dompter l’acoustique de la salle en jouant le plus fort possible. Les Américains de Slayer et Limp Bizkit ont joué trop fort à mon goût, et du coup c’était un peu brouillon. Nous, on a pris le parti de jouer un peu moins fort et ça a payé, l’équilibre du son était plus propre.

QUELQUES ANECDOTES

Les fans : ton meilleur souvenir de ta carrière ? ton pire souvenir ?

SM : Le Hellfest, à chaque fois !! C’est le rendez-vous de tout fan de métal qui se respecte. Pour ma part, quand je peux le faire en tant que fan, je fais de moins en moins de Mainstage, pour passer mes 3 jours dans les tentes dédiées aux musiques extrêmes. Le Cabaret Vert est aussi un super lieu pour moi. En studio, jai enregistré le dernier album de  l’Esprit du clan, c’était une super aventure également.

En pire souvenir, je te parlerai plus d’une frustration ou d’une déception. On a reçu à la Cartonnerie de Reims… MACHINE HEAD !! tu imagines, j’allais accueillir Machine Head dans « ma » salle… Au final, leur ingé son et toute leur équipe ont été insupportables avec nous, nous prêchant la science infuse dans notre propre salle, et le son a été vraiment moyen…

Les fans : en studio, que fais-tu en ce moment ?

SM : j’ai enregistré l’album Chapitre VI de l’Esprit du clan en Janvier 2016, et puis fait quelques séances avec des groupes locaux. En ce moment je  finalise le mix du live de ETHS. C’est cool. Mais comme je te le disais, ces derniers temps j’ai mis un peu ça de côté. Je vais essayer d’en faire plus cette année.

Les fans : dernière question, on t’a vu partager un ou deux articles sur le statut de l’intermittence. Quel est ton regard sur ce statut ? Et plus généralement, sur la scène française musicale en général ?

SM : je vais être honnête avec toi, en France, aujourd’hui, un technicien du son vit bien. Il n’est pas richissime, mais il vit bien. Tu as un statut d’intermittent si tu travailles 507 heures sur l’année. Personnellement, j’en fais presque le double et sur des contrats vraiment intéressants. On travaille beaucoup, mais on vit bien.

Pour les musiciens, en revanche, c’est une autre paire de manche. Pour toute la scène métal, c’est quasi impossible de vivre de son art. Même dans la musique pop, il faut pratiquement qu’un de tes morceaux soit retenu pour une musique de… pub !! Pour te permettre de passer un cap et de bien vivre. On est vraiment dans une logique de musique business, accentuée par la baisse significative des ventes de disques. Il me semble aussi que le nombre de festivals en France est trop élevé, on est proche de la saturation et même si ça nous permet de jouer plus, j’ai bien peur que ça finisse par se casser la gueule. C’est un point de vue tout à fait personnel.

Après une bonne heure d’entretien, Sylvain nous remercie pour ce moment… (le monde à l’envers)… On parle un peu du show du soir à venir, il me précise qu’il ne fera pas les gros shows au stade de France, pour ne pas payer 100 euros et regarder la télé… lol… Une petite photo, et je laisse Sylvain repartir à ses occupations. On a passé un moment vraiment cool, avec beaucoup de précisions sur un métier finalement assez méconnu du grand public. Sur la prochaine tournée, allez le saluer avant ou après les shows !